Dé-confinement (1)

C’est providence que de trouver dans notre liturgie de ce dimanche – à la veille du dé-confinement annoncé une parole qui nous invite à sortir et avancer. En effet nous sommes amènés à méditer cette parole rapportée par l’évangile de Jean qui fait dire à Jésus « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn. 14, 6). Cette parole est ambiguë, comme cela apparaît clairement dans le petit débat sur ce texte qui vous proposé demain avec la célébration de la Parole diffusée sur notre site.

Pour l’instant, je veux en rester à l’aspect exhortatif de cette proposition de Jésus qui s’adresse ainsi à ses disciples – particulièrement à Thomas – avec lesquels il a cheminé pendant trois ans. Comme le souligne un exégète, dans cette phrase, le terme « chemin » domine sur les termes « vérité » et « vie » qui lui sont coordonnés et « ne sont pas de même nature, n’étant plus des images[1]

Cette image du chemin en lien avec Jésus – « L’homme qui marche » avait joliment titré Christian Bobin pour un grand petit livre sur Jésus – cette image en fait naître d’autres que je voudrais souligner aujourd’hui, sûr que cela réveillera aussi chez ceux qui me liront des intuitions spirituelles.

Je voudrais en particulier vous inviter à regarder Jésus à partir d’un autre récit, celui de Luc, dans lequel cette image du chemin est omniprésente non pas comme une abstraction, mais comme une attitude de vie parlante.

Tout cet évangile est fait pour nous emmener de Nazareth, le pays de Jésus, jusqu’à Jérusalem, le lieu du Temple. Les 2 premiers chapitres donnent le ton : Marie, tout de suite après l’annonciation à Nazareth se met en marche pour aller voir sa cousine (Lc.1, 39) ; et Marie et Joseph vivent un retour à Jérusalem qui préfigure l’épisode des pèlerins d’Emmaüs (Lc.2, 45).

Dès le début de son ministère à Nazareth, Jésus nous est montré comme celui qui marche librement malgré les obstacles : « Lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin. » (Lc. 4,30). Il chemine pour réaliser le dessein de Dieu, ainsi que le montre son entretien avec Moïse et Elie sur le mont de la Transfiguration : « Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem. » (Lc.9, 31) et sa décision rapportée dans le récit peu après : « Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem. » (Lc.9, 51). Liberté et obéissance expliquent le chemin de Jésus.

 Jonathan CLARKE Cathédrale d’Ely (Angleterre)

C’est pourquoi Jésus n’hésite pas à s’arrêter en chemin, comme le bon samaritain (Lc. 10, 34), là où il est accueilli par Marthe et Marie (Lc. 10, 38) ou bien là où il est recherché par Zachée (Lc. 19, 5). C’est pourquoi aussi Jésus avance sur son chemin en envoyant au devant de lui des disciples pour préparer les étapes importantes de son itinéraire : là où il doit prêcher la bonne nouvelle (Lc. 10, 1), quand il doit solenniser son entrée à Jérusalem (Lc. 19, 29) ou quand il faut organiser le repas de la Pâque (Lc. 22, 8). Jésus n’avance pas seul sur son chemin et il n’ignore pas ce qui aide à la vraie rencontre.

Bien sûr, Luc va souligner plus que les autres évangiles le chemin de Jésus vers le lieu de sa crucifixion (Lc. 23, 27-31) et nous avons tous en mémoire ce récit où Jésus ressuscité rejoint le chemin de deux disciples tournant le dos à Jérusalem où il a été crucifié puis y retournent (Lc. 24, 13-35). Comme quoi, Jésus ne cesse pas de nous rejoindre sur nos chemins d’humanité. Il est vraiment « L’homme qui marche ».

P. Pierre Lathuilière

Ecrit initialement le samedi 9 mai 2020,

non transmis par erreur

et effacé par distraction le lendemain

et reconstitué dès ce dimanche 10 mai.


[1] Xavier Léon-Dufour, Lecture de l’Evangile selon Jean. Tome III, (1993) Paris, Seuil, Coll. Parole de Dieu, p.98.