Dé-confinement (3)

« Baisse de régime », vous direz-vous en voyant arriver cet article avec un retard de plus de deux jours ! « Pas du tout ! » répondrai-je. C’est plutôt l’inverse, car le « dé-confinement » semble se traduire, au moins dans mon environnement, par une accélération de rythme qui surprend d’autant qu’un terme semble revenir dans cette période étrange du dé-confinement ; c’est le mot « incertitudes ». Nous entrons en effet dans un temps où l’on s’essaye comme un malade sortant d’opération ou un condamné sortant de prison à avancer soutenus par la joie d’être rétabli ou libéré : le monde semble s’ouvrir à nous, mais nous n’oublions les limites qui nous ont été fermement rappelées. Et c’est là que l’incertitude naît du dépassement de cette certitude de nos limites !

« Incertitudes« , car nous avons à mesurer ce que le monde est devenu et à mesurer ce que nous sommes devenus. Là, la seule certitude est celle d’un changement difficile à déterminer. Les situations sont ici bien différentes d’une personne à l’autre, tout particulièrement si l’on regarde à l’état de notre économie tant au plan national qu’international. De plus les incertitudes et les affirmations se donnant comme absolues se croisent sous nos yeux pour brouiller nos repères : recherches scientifiques, démarches religieuses, décisions politiques, choix économiques, choix sociétaux, choix médiatiques… Devant ce brouillard, selon nos tempéraments, nous pouvons réagir très différemment.

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Il y a ceux pour qui, devant l’incertitude, le pire est toujours le plus sûr. Le chemin de croix est commencé et les scènes d’apocalypse ne cessent d’affluer. Ceux-ci ne cessent de mettre votre foi à l’épreuve en nourrissant votre anxiété de la leur… Le futur – celui qui est habité par la seule certitude universelle de la mort – est contre nous.

Et il y a ceux qui vivent une forme de déni : on peut toujours avancer, il y a toujours un sol sous nos pieds. Ceux-ci sont plutôt réconfortants, mais n’arrivent pas pour autant à guérir notre anxiété, car elle semble sous-jacente à leur centration sur le seul présent. Le présent me suffit, puisque je suis vivant.

Pour nous qui sommes dans le temps de Pâques, c’est bien notre attitude de croyants qui est en jeu. Oui, la mort est à l’horizon, mais Jésus l’a transformée pour nous en un passage à la Vie. Non le présent ne me suffit pas, car j’ai le désir de plus de Vie encore, celle que Jésus nous promet. Une personne me disait il y a peu : « Je remarque que les chrétiens ont moins peur de la mort que les autres : cela leur donne une certaine sérénité. » Puissions-nous correspondre à cette observation ! Que cette étape nouvelle nous trouve avec l’audace de vivre même s’il faut passer par la croix. Qu’elle nous aide à diffuser la sérénité du Christ à la veille de sa mort : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (Jn. 15, 11) « Je vous ai parlé ainsi, afin qu’en moi vous ayez la paix. » (Jn. 16, 33)

P. Pierre Lathuilière

Ce mercredi 13 mai 2020