Dé-confinement (5)

« Laissons-nous déranger par l’Esprit d’amour. » terminais-je hier. Oui, l’Esprit est bien ce souffle de vie qui bouscule tout préjugé sur Dieu, sur les autres, sur le monde.

L’Évangile de ce jour, extrait des propos de Jésus au soir de sa passion, tels que rapportés par Jean, nous parle de l’Esprit comme un « autre défenseur » selon la traduction liturgique. C’est une manière indirecte par laquelle Jésus se présente lui aussi comme notre « défenseur ». Si nous ne savons pas trop qui est l’Esprit Saint, regardons dans les évangiles comment Jésus témoigne de sa présence. Il est lui aussi notre « défenseur » se prononçant pour les petit(e)s, les exclu(e)s, tous les relégué(e)s de la société jusqu’à prendre le risque de se retrouver crucifié avec deux brigands.

Parfois certains traducteurs se refusent à traduire « défenseur » et transcrivent simplement le mot grec utilisé par Jean « paraclètos » en « paraclet », cependant que d’autres nous parlent de « consolateur ». L’important est de saisir que ce mot désigne celui qu’on appelle et qui vient à l’aide. Que ce soit Jésus ou l’Esprit Saint, c’est celui qui nous aide à accomplir notre humanité. Bien sûr, si notre projet est explicitement de devenir auto-suffisant, nous tombons dans le seul péché irrémissible dont nous parle Jésus, celui du blasphème contre l’Esprit (cf. Mt.12, 32).

Quand Jean rapporte, dans chacun des chapitres 14 à 16 de son évangile, ces mentions de la promesse par Jésus de l’Esprit-Saint, c’est au contexte de fragilisation qui va toucher les disciples de Jésus à partir de son arrestation qu’il est fait allusion : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn. 14, 18). En un mot, l’Esprit Saint aidera les disciples de Jésus à être des fils comme lui, en capacité de se laisser guider par « [son] Père et

Père » même quand il ne sera plus sur cette terre.

C’est pourquoi ce Paraclet que nous invoquons en chaque eucharistie nous donne de « faire mémoire » (Cf. Jn. 14, 26), de ne pas oublier et de constater la présence de Dieu. C’est pourquoi ce Paraclet nous témoigne du Christ, pour que nous puissions en témoigner (Jn. 15, 26). C’est pourquoi nous défend devant le monde pour nous faire entrer dans un processus (un « procès » !) qui nous mènera à la vérité toute entière (Jn. 16, 7-8.13-14).

C’est ce même Esprit Saint qui nous a accompagnés pendant ce long temps de confinement, nous confirmant dans la présence de Dieu, dans la connaissance de Jésus, dans la confiance qu’il saura nous protéger.

Continuons de nous laisser défendre par l’Esprit.

P. Pierre Lathuilière

Ce dimanche 17 mai 2020