Si Jésus, comme nous l’avons vu, sait prendre en considération le corps et l’âme, les dimensions physiques et intellectuelles de la vie humaine, il est surtout attentif à l’esprit, c’est-à-dire à la dimension spirituelle de la vie de tout homme. Jésus vient pour toucher le cœur de l’homme : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. » (Jn 14, 23) Son enseignement, ses miracles n’ont d’autres but que de permettre l’ouverture du cœur.
Nous le voyons, par exemple lors de sa rencontre avec la Samaritaine. Par une pédagogie si belle, en partant d’une réalité très quotidienne, celle de la soif, Jésus va d’étape en étape toucher le cœur de cette femme et lui faire découvrir de quoi elle a vraiment soif, elle est touchée au cœur (Cf. Jn 4). C’est le même procédé pédagogique qui permet à la foule qui a bénéficié du miracle de la multiplication des pains de découvrir de quel pain elle a réellement faim en entendant le discours dans la synagogue de Capharnaüm. (Cf. Jn 6). On le voit aussi par exemple à la suite du miracle de la guérison des dix lépreux, lorsque le Samaritain, le seul à revenir prêt de Jésus en se jetant à ses pieds en l’appelant Seigneur Jésus alors lui dit : « Va, ta foi t’a sauvé ». Il est allé au bout de la rencontre avec Jésus : guéri dans son corps et sauvé dans toute sa personne. (Cf. Lc 17, 11-19).
Cette dimension de la vie spirituelle se développe à travers la vie de prière. Jésus prie et suscite le désir de ses disciples : « Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. » (Lc 11, 1) Il y invite ses disciples : « Jésus disait à ses disciples une parabole sur la nécessité pour eux de toujours prier sans se décourager. » (Lc 18, 1). Et Jésus leur enseigne la prière du Notre Père.
Comme pour prendre soin de son corps on mange et on boit, comme pour développer ses capacités intellectuelles on étudie, on prie pour faire vivre la relation qui nous unit à Dieu. Cette relation est effective, elle est aussi affective comme le rappelle saint Augustin : « Montre un rameau vert à une brebis et tu l’attires ; présente des noix à un enfant, et il est attiré. Et il court là où il est attiré. Il est attiré parce qu’il aime ; il est attiré sans que son corps soit meurtri : c’est par la chaîne du cœur qu’il est tiré. Les amants sont attirés par les joies et les plaisirs terrestres qui se révèlent à eux, et le mot du poète est vrai : « Chacun est attiré par son plaisir. » Et le Christ, révélé par le Père, n’attire pas ? Qu’est-ce que l’âme désire plus fortement que la vérité ? C’est pourquoi elle doit avoir une bouche avide et désirer que son palais intérieur soit parfaitement sain, uniquement pour discerner ce qui est vrai, parce qu’elle veut manger et boire la sagesse, la justice, la vérité, l’éternité. » (Commentaire sur l’évangile de Jean)
Cette invitation à ouvrir son cœur dans la prière, l’Eglise la perpétue tout au long de son existence. Pour ne jamais l’oublier, le Seigneur lui a donné le signe de la vie religieuse en particulier de la vie contemplative. Au fil des siècles l’Europe a vu se multiplier les monastères et les prieurés qui sans cesse font monter vers le ciel la louange et l’intercession et qui appellent les fidèles à la vie de prière. L’Eglise célèbre la liturgie en particulier l’Eucharistie et la Pénitence qui accompagnent son pèlerinage terrestre. Les fidèles peuvent aussi profiter de l’accompagnement spirituel, en particulier les plus jeunes. Aujourd’hui encore l’Eglise offre à travers des Sessions, des séjours dans les monastères la possibilité de prendre ce recul nécessaire pour retrouver le vrai sens de la vie et retisser ces liens qui nous unissent au Seigneur, pour que nous vivions cette dimension affective de notre vie chrétienne qui s’exprime à la manière de l’expérience des pèlerins d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24, 32). Notre cœur brûle-t-il ?