L'ÉDITO DU PÈRE CACAUD

semaine du 11 janvier 2026

Prendre soin (15)

Suite à une erreur ce texte doit précèder celui publié la semaine dernière

 

Nous avons vu comment le Dieu auquel nous croyons est celui qui prend soin de nous depuis la Création jusqu’à la Rédemption. Il le fait non seulement parce qu’il nous appelle à la vie et nous maintient en elle mais d’abord et avant tout parce qu’il nous aime : « Dieu est amour » (1Jn 4, 8). Ainsi se définit le style de relation que nous sommes invités à avoir avec Dieu : une relation d’amour.

Si nous devons avoir envers Dieu un amour effectif « qui soumet et range tout le peuple de nos facultés, puissance, passions et affections à la volonté de Dieu, afin qu’il soit aimé, obéi et servi sur toutes choses, rendant par ce moyen exécuté le grand commandement céleste : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toutes tes forces (Mt 22,37) » (Saint François de Sales Traité de l’Amour de Dieu L XI, 4) Cela constitue une première étape qui a toute son importance et cependant elle n’accomplit pas la totalité de la démarche. Le saint évêque de Genève poursuit en effet : « L’amour affectif ou affectueux, comme un petit Benjamin, est grandement délicat, tendre, agréable et aimable ; mais en cela plus heureux que Benjamin, que la charité, sa mère, ne meurt pas en le produisant, mais prend, ce semble, une nouvelle vie par la suavité qu’elle ressent ». Le psaume 130 dit autrement les choses : « Seigneur, je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins, ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère. » En prenant soin de Dieu, c’est-à-dire en entretenant cette relation affective avec lui, nous ne pouvons pas prétendre lui apporter quelque chose puisque Dieu est parfait en lui-même mais comme le chante l’une des préfaces du Temps ordinaire : « Tu n’as pas besoin de notre louange et pourtant c’est toi qui nous inspires de te rendre grâce : nos chants n’ajoutent rien à ce que tu es mais ils nous rapprochent de Toi ». C’est bien dans ce rapprochement, dans cette communion que toute vraie relation affective s’accomplit. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi dans notre relation à Dieu ?

C’est bien ce qu’exprime saint François de Sales lorsqu’il écrit toujours dans le Traité de l’amour de Dieu : « Vrai Dieu ! que le cœur de Dieu est amoureux de notre amour ! Ne suffisait-il pas qu’il eût publié une permission par laquelle il nous eût donné congé [demandé] de l’aimer, comme Laban permit à Jacob d’aimer le belle Rachel et de la gagner par ses services ? Mais non, il déclare plus avant sa passion amoureuse envers nous et nous commande de l’aimer de tout notre pouvoir, afin que la considération de sa majesté et de notre misère, qui font une tant infinie disparité et inégalité de lui à nous, ni autre prétexte quelconque ne nous divertît [empêche]de l’aimer. »  (L II, 8)

Il peut nous sembler assez paradoxale que nous ayons à prendre soin de Dieu est si vrai que nous n’ayons rien à lui apporter qui soit susceptible de répondre à un quelconque besoin de sa part. Cependant nous comprenons bien que prendre soin de Dieu consiste à ne pas négliger sa présence au cœur-même de notre vie. Lui accorder du temps par la prière, notre participation à la messe du dimanche, faire de ces temps plus que la réponse à une obligation mais un acte d’amour, de confiance vis-à-vis de Celui en dehors duquel nous n’existerions pas. Emplir notre cœur de gratitude vis-à-vis de Celui qui ne cesse de nous aimer et veut avec nous établir une relation d’amour. Quelle joie de goûter au bonheur de cette rencontre de découvrir que Celui qui nous appelle à la vie est aussi Celui qui veut nous introduire dans cette relation d’amour qui est le cœur du mystère de la Sainte Trinité. Certes tant que nous sommes en cette vie nous ne pouvons y faire que de brèves insertions mais un jour nous y goûterons pleinement. En attentant ce jour ne négligeons pas ce soin que nous devons prendre de Dieu c’est déjà pour nous l’entrebâillement de la porte du Paradis !

Michel Cacaud