Nous avons vu comment Dieu prend soin de nous, comment nous sommes aussi appelés à prendre soin de lui, il nous faut maintenant aborder la question de prendre soin les uns des autres. Cette attitude est recommandée par la mise en pratique du commandement du Seigneur : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » (Lv 19, 18 ; Mc 12, 31)
Aimer son prochain comme soi-même suppose donc que je m’aime moi-même ! Et ce n’est pas toujours le plus facile à réaliser. D’abord je peux me demander suis-je aimable ? La réponse à cette question est relativement simple. Si je suis un être vivant ce n’est pas d’abord parce que je prends soin de mon corps, que je développe mes capacités physiques, intellectuelles, spirituelles. Si je suis un être vivant c’est d’abord parce que Dieu m’appelle à la vie, il est mon créateur et s’il le fait c’est avant tout parce qu’Il m’aime. Tout ce que Dieu fait, Il le fait par amour. Je suis donc un être aimable ! Ensuite il y a l’amour que je reçois de mes parents lorsque je suis enfant ou adolescent, cet amour qui se poursuit sous une autre forme mais une égale profondeur lorsque je deviens adulte. L’amour de mes frères et sœurs pas toujours très explicite pendant l’enfance ou l’adolescence mais qui peut trouver un bel épanouissement plus tard. Il y a aussi l’amour de mon conjoint, de mes amis, toute une couronne qui me fait découvrir moi-même comme un être aimable.
Je peux alors être plein de gratitude et la gratitude est ce sentiment qui apaise et donne confiance. Si certes je ne suis pas parfait, je ne suis pas la mauvaise personne que personne ne peut aimer. Je ne suis pas parfait mais je suis tout de même une belle personne « puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. Alors que nous n’étions encore capables de rien, le Christ, au temps fixé par Dieu, est mort pour les impies que nous étions. Accepter de mourir pour un homme juste, c’est déjà difficile ; peut-être quelqu’un s’exposerait-il à mourir pour un homme de bien. Or, la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. » (Rm , 5, 5-8) Puisque tant de personnes autour de moi me manifestent leur amour. Cet amour de soi, je peux quelque fois penser que c’est une forme d’égoïsme, de repli sur soi, : « je ne pense qu’à moi ». Bien sûr ce n’est pas la bonne façon de s’aimer soi-même car elle se vit alors au détriment des autres. S’aimer soi-même c’est apprendre à s’aimer sous le regard de Dieu, apprendre à me décentrer de moi-même tout en développant les dons que j’ai reçus de la nature et de la grâce et en apprenant à les mettre au service des autres : « En effet, l’amour du Christ nous saisit quand nous pensons qu’un seul est mort pour tous, et qu’ainsi tous ont passé par la mort. Car le Christ est mort pour tous, afin que les vivants n’aient plus leur vie centrée sur eux-mêmes, mais sur lui, qui est mort et ressuscité pour eux. Désormais nous ne regardons plus personne d’une manière simplement humaine : si nous avons connu le Christ de cette manière, maintenant nous ne le connaissons plus ainsi. » (Co, 5, 14-6) C’est donc dans la contemplation du Christ que j’apprends le véritable amour de moi-même. C’est de lui que j’apprends la belle manière d’aimer : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34)
M’aimer moi-même sous le regard de Dieu, c’est avancer sur le chemin de la joie et de la paix et c’est ainsi que je suis le mieux équipé pour aller à la rencontre des autres et à prendre soin d’eux.
Beaucoup aujourd’hui désespèrent d’eux-mêmes parce qu’ils n’arrivent pas à s’aimer, à s’accepter tels qu’ils sont et cependant comme tous ils sont aimés de Dieu et dans leur entourage des personnes essaient de leur dire leur amour. Nous les gardons dans notre prière afin qu’ils soient délivrés du dégout qu’ils ont d’eux-mêmes et qu’ils retrouvent la joie de s’aimer.