L'ÉDITO DU PÈRE CACAUD

semaine du 22 février 2026

Prendre soin (21)

Nous sommes invités à prendre soin les uns des autres d’une manière spontanée (Cf. le Bon Samaritain) ou d’une manière plus institutionnelle en prenant un engagement au service d’une œuvre de charité comme nous l’avons vu. Dans ces cas-là nous avons plutôt à faire à des inconnus ce qui n’empêche pas de leur être attentif en leur apportant notre aide. Il nous faut maintenant aborder le sujet dans le cadre des relations interpersonnelles. Nous allons commencer par les relations amicales.

Nous devons d’abord réaliser que nous avons besoin d’amis, ils sont précieux pour nous et nous sommes précieux pour eux, c’est pour cela que cette relation nous invite à prendre soin les uns des autres.

Devenir amis ne se décrète pas. On ne peut s’approcher de quelqu’un en lui disant : « Je veux être ton ami ». Pour devenir amis, il y a des étapes à franchir.

 

Première étape la rencontre.

Elle a lieu dans le cadre de l’école, du collège, du lycée, de l’université, dans le monde du travail, dans le domaine associatif, elle peut être aussi le fait du hasard. Une personne m’attire par son physique, son regard, son comportement, sa conversation… avec elle j’ai envie d’aller plus loin, de la revoir, d’apprendre à la connaître, elle éveille en moi une certaine curiosité, j’ai envie d’en savoir plus. On se rend compte que l’on partage les mêmes goûts, que l’on a les mêmes passions, que l’on se comprend. On ressent une certaine attirance qui invite à aller plus loin. La rencontre permet de voir peu à peu si le climat de confiance nécessaire à tout développement d’une amitié est bien envisageable. On voit aussi comment naît et se développe une certaine complicité… On ne sait pas toujours pourquoi on développe une amitié avec telle personne et on en revient à l’expression de Montaigne qui tentait de décrire son amitié avec La Boétie et qui écrivait « parce que c’était lui parce que c’était moi »

 

Deuxième étape le développement.

Les amitiés se développent au cours du temps que l’on passe ensemble pour discuter, apprendre à se connaître, avoir des activités communes, partager des passions, voyager, aller pas à pas du plus superficiel au plus profond. Naît une certaine réciprocité chacun donne et reçoit. Au fur et à mesure que l’amitié grandie, on se rend compte de la profondeur des échanges qui deviennent possible parce que grandit la confiance, le respect. En présence de mon ami, je peux être qui je suis sans crainte de jugement. Des épreuves, de petits désaccords peuvent survenir, il n’est pas toujours possible de maintenir l’accord parfait mais lorsqu’ils sont surmontés, l’amitié se trouve renforcée. Il ne faut pas avoir peur de se donner. « La camaraderie mène à l’amitié : deux garçons découvrent entre eux une ressemblance : « Moi aussi… C’est comme moi… » tels sont les mots qui d’abord les lient. Le coup de foudre est de règle en amitié. Voilà leur semblable enfin, avec qui s’entendre à demi-mot. Sensibilités accordées ! Les mêmes choses les blessent et les mêmes les enchantent. Mais c’est aussi par leurs différences qu’ils s’accordent : chacun admire dans son ami la vertu dont il souffrait d’être privé. » (François Mauriac, Le jeune homme)

 

Troisième étape la maturité.

L’amitié solide permet d’être sincère sans avoir peur. Elle est profitable réciproquement pour chacun des amis. C’est un échange qui permet à chacun de grandir dans son humanité en développant ses dons et en les offrant à son ami. Elle est le lieu où s’exprime la sensibilité de chacun, la vulnérabilité aussi sans crainte d’une exploitation dégradante. Les différences, les défauts sont intégrés et ne sont plus des obstacles. Aucun ami n’est parfait mais chaque ami peut-être une belle personne qui embellit sa personnalité au fur et à mesure qu’il s’investit dans la relation amicale. Une véritable amitié est celle qui traverse les temps et les espaces.

 

Michel Cacaud