L'ÉDITO DU PÈRE CACAUD

semaine du 7 juin 2026

Prendre soin (32)

Prendre soin les uns des autres c’est aussi apprendre à prendre soin des aînés en particulier au sein de nos familles mais aussi au sein de nos communautés. Dans le passé, les personnes âgées restaient dans leurs maisons entourées de leur descendance. Dans la même maison pouvait vivre deux ou trois générations ce qui permettait aux anciens ne pas être isolés et de pouvoir profiter de la présence de leurs enfants et petits-enfants. Et ces derniers pouvaient trouver un lieu où enraciner leur vie dans une tradition parfois très ancienne, le relais semblait se passer d’une manière naturelle d’une génération à l’autre.  D’un autre côté, cette situation a pu aussi représenter un poids pour les plus jeunes qui pouvaient ressentir que la présence des aînés les empêchait de vivre comme ils l’entendaient. La situation actuelle est bien différente souvent pour des raisons professionnelles, les plus jeunes sont appelés à quitter les lieux de leur enfance et de leur jeunesse pour aller s’installer parfois bien loin voire à l’étranger. Cela risque de creuser un fossé entre les générations et il arrive que les anciens souffrent d’isolement.

Le pape François a initié une journée des grands-parents, rappelant l’importance de leur place et l’attention que nous devions leur porter. Son successeur Léon XIV a emboîté le pas et lors de la dernière « journée des grands-parents et des personnes âgées » s’est exprimé en ces termes : « La Sainte Écriture présente divers cas d’hommes et de femmes déjà avancés en âge que le Seigneur implique dans ses plans de salut. Pensons à Abraham et Sara : désormais âgés, ils restent incrédules devant la parole de Dieu qui leur promet un fils. L’impossibilité d’engendrer semble avoir fermé leur regard d’espérance sur l’avenir.

La réaction de Zacharie à l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste n’est pas différente : « A quoi connaîtrai-je cela ? Car moi je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge » (Lc 1, 18). La vieillesse, la stérilité, le déclin semblent éteindre les espérances de vie et de fécondité de tous ces hommes et femmes. Et même la question que Nicodème pose à Jésus, lorsque le Maître lui parle d’une “nouvelle naissance”, semble purement rhétorique : « Comment un homme peut-il naître, étant vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ? » (Jn 3, 4). Et pourtant, chaque fois, face à une réponse apparemment évidente, le Seigneur surprend ses interlocuteurs par une intervention salvatrice. (…)

En regardant les personnes âgées dans cette perspective jubilaire, nous sommes nous aussi appelés à vivre avec elles une libération, surtout de la solitude et de l’abandon. Cette année est le moment propice pour y parvenir : la fidélité de Dieu à ses promesses nous enseigne qu’il y a une béatitude dans la vieillesse, une joie authentiquement évangélique, qui nous demande d’abattre les murs de l’indifférence dans lesquels les personnes âgées sont souvent enfermées. Nos sociétés, sous toutes les latitudes, s’habituent trop souvent à laisser une partie si importante et si riche de leur tissu social être mise à l’écart et oubliée.

Face à cette situation, un changement d’attitude s’impose, qui témoigne d’une prise de responsabilité de la part de toute l’Église. Chaque paroisse, chaque association, chaque groupe ecclésial est appelé à devenir protagoniste d’une “révolution” de la gratitude et d’attention, à réaliser en rendant fréquemment visite aux personnes âgées, en créant pour elles et avec elles des réseaux de soutien et de prière, en tissant des relations qui puissent donner espoir et dignité à ceux qui se sentent oubliés. L’espérance chrétienne nous pousse toujours à oser davantage, à voir grand, à ne pas nous contenter du status quo. Dans le cas présent, à œuvrer pour un changement qui redonne aux personnes âgées estime et affection. » (Léon XIV 2025-07-27)

Prenons soin de nos anciens, ils peuvent êtres les messagers de Dieu, ils sont ceux qui transmettent les valeurs qui ont forgé notre civilisation et dont nous sommes aujourd’hui les bénéficiaires. Ne manquons pas d’attention et d’affection pour eux, qu’ils puissent se sentir accueillis et occuper leur place au milieu de nous en toute simplicité.

Michel Cacaud