L'ÉDITO DU PÈRE CACAUD

semaine du 24 mai 2026

Pentecôte l’Air et le Feu

Pour désigner l’Esprit Saint, dans le récit de Pentecôte, les Actes des Apôtres utilisent deux grandes images : l’image de la tempête et celle du feu. Il est clair que saint Luc a à l’esprit la théophanie du Sinaï, racontée dans les livres de l’Exode (19, 16-19) et du Deutéronome (4, 10-12.36). Dans le monde  antique, la tempête était vue comme le signe de la puissance divine, devant laquelle l’homme se sentait subjugué et empli de crainte. Mais je voudrais souligner aussi un autre aspect : la tempête est décrite comme un « vent impétueux » ; et cela fait penser à l’air qui différencie notre planète des autres astres et nous permet d’y vivre. Ce que l’air est à la vie biologique, l’Esprit Saint l’est à la vie spirituelle; et de même qu’il existe une pollution atmosphérique qui empoisonne l’environnement et les êtres vivants, de même il existe une pollution du cœur et de l’esprit qui étouffe et empoisonne l’existence spirituelle. De même qu’il ne faut pas s’habituer aux poisons de l’air – c’est pourquoi l’engagement écologique représente aujourd’hui une priorité -, on devrait faire tout autant pour ce qui corrompt l’esprit. Il semble au contraire que l’on s’habitue sans difficulté à de nombreux produits qui polluent l’esprit et le cœur et qui circulent dans notre société – par exemple les images qui transforment en spectacle le plaisir, la violence ou le mépris de l’homme et de la femme. Cela aussi est une forme de liberté, dit-on, sans reconnaître que tout cela pollue, intoxique l’esprit, surtout des nouvelles générations, et finit ensuite par conditionner la liberté elle-même. La métaphore du vent impétueux de Pentecôte fait penser au contraire à quel point il est précieux de respirer un air propre, un air physique, avec les poumons, et un air spirituel, avec le cœur, l’air sain de l’esprit qui est l’amour !

L’autre image de l’Esprit Saint que nous trouvons dans les Actes des Apôtres est le feu. J’ai mentionné au début l’opposition entre Jésus et la figure mythologique de Prométhée, qui rappelle un aspect caractéristique de l’homme moderne. S’étant emparé des énergies du cosmos – le « feu » – l’être humain semble aujourd’hui s’affirmer comme un dieu et vouloir transformer le monde en excluant, en mettant de côté, ou même en refusant le Créateur de l’univers. L’homme ne veut plus être image de Dieu, mais de lui-même; il se déclare autonome, libre et adulte. Il est évident qu’une telle attitude révèle un rapport non authentique avec Dieu, conséquence d’une fausse image qu’il s’est faite de Lui, comme l’enfant prodigue de la parabole évangélique qui croit se réaliser lui-même en s’éloignant de la maison de son père. Entre les mains d’un tel homme, le « feu » et ses immenses potentialités deviennent dangereux: ils peuvent se retourner contre la vie et contre l’humanité elle-même, comme hélas le démontre l’histoire. Les tragédies de Hiroshima et de Nagasaki, dans lesquelles l’énergie atomique, utilisée à des fins  belliqueuses, a fini par semer la mort dans des proportions inouïes, en représentent une mise en garde constante.

En vérité, on pourrait trouver de nombreux exemples, moins graves et pourtant tout aussi symptomatiques dans la réalité de chaque jour. L’Ecriture Sainte nous révèle que l’énergie capable de mettre le monde en mouvement n’est pas une force anonyme et aveugle, mais l’action de « l’Esprit de Dieu qui planait sur les eaux » (Gn 1, 2) au début de la création. Et Jésus Christ a « apporté sur la terre » non pas la force vitale qui l’habitait déjà, mais l’;Esprit Saint, c’est-à-dire l’amour de Dieu qui « renouvelle la face de la terre » en la purifiant du mal et en la libérant de la domination de la mort
(cf. Ps 103/104, 29-30). Ce « feu » pur, essentiel et personnel, le feu de l’amour est descendu sur les apôtres, réunis dans la prière avec Marie au Cénacle, pour faire de l’Eglise le prolongement de l’œuvre rénovatrice du Christ.

Benoît XVI Pentecôte 2009

Michel Cacaud