Pourquoi les époux sont-ils invités à prendre soin l’un de l’autre ? La question peut paraître superfétatoire. Et la réponse qui vient spontanément c’est parce qu’ils s’aiment. Ce n’est pas une mauvaise réponse mais il faut aller plus profond et revenir au cadre liturgique de la célébration du mariage.
Après le temps de la liturgie de la Parole vient celui de la célébration proprement dite du mariage. Rappelons à ce propos une autre spécificité du mariage parmi les autres sacrements. Les époux sont les ministres de leur union alors que pour les autres sacrements il faut avoir recours à un ministre ordonné diacre prêtre ou évêque. Ce ministère des époux apparaît tout particulièrement au moment de l’échange des consentements. Reprenons la formule qui est unique dans l’édition originale (le rituel français en a rajouté deux moins immédiatement explicites) :
« Lui : Moi N. je te reçois N. comme épouse et je promets de te rester fidèle, dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, pour t’aimer tous les jours de ma vie. Moi, N. je te reçois N. comme époux et je promets de te rester fidèle, dans le bonheur et dans les épreuves, dans la santé et dans la maladie, pour t’aimer tous les jours de ma vie. » Cette formule laisse apparaître que les époux se reçoivent l’un de l’autre qu’ils se confient l’un à l’autre. Ce qui est le plus extraordinaire dans cet échange et m’étonne en même temps que m’émerveille, ce n’est pas tant que l’on donne sa vie car « qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. » (Jn 12, 25) mais que l’époux soit choisi par l’épouse pour recevoir sa vie et réciproquement. Quel bien plus précieux que celui de notre vie ? et dans le mariage voilà que les époux se dépossèdent de ce qu’ils ont de plus précieux pour le remettre entre les mains de celui, de celle qu’ils épousent. Quelle belle marque de confiance, quelle belle marque d’amour ! Quelle responsabilité pour celui, pour celle qui reçoit. Il n’est pas trop d’une vie pour en découvrir toute la richesse et pour en parcourir le chemin d’abnégation que cela demande. Nous comprenons bien quels sont les sentiments qui doivent habiter le cœur des époux, quelles sont les attitudes qu’ils doivent adopter pour que le don précieux reçu au jour de leur mariage ne soit pas dégradé mais s’embellisse de jour en jour. Ces sentiments et ces attitudes sont ceux dont nous avons déjà parlé à propos de l’amitié. Ils trouvent une expression singulière dans l’union des corps qui d’une certaine manière les mène à leur plein épanouissement et aussi dans la transmission de la vie qui en est le plus beau fruit.
Mais la formule d’échange des consentements laisse aussi de la place pour le Seigneur. Je te reçois parce que tu te donnes mais aussi parce qu’un autre te confie en moi. Le Bon Dieu lui aussi remet entre les mains de l’époux son épouse et entre les mains de l’épouse son époux. C’est la mission qui est confiée à chacun des époux de veiller sur l’autre sous le regard de Dieu.
Prendre soin de son époux, de son épouse signifie d’abord veiller sur sa vie chrétienne, s’accompagner réciproquement sur le chemin de la sainteté en s’encourageant à être attentifs aux appels de Dieu et en s’entraidant à y répondre.
Poursuivons notre réflexion en reprenant les mots de la bénédiction nuptiale :
» Père saint, tu as créé l’homme et la femme pour qu’ils forment ensemble ton image dans l’unité de la chair et du cœur, et accomplissent ainsi leur mission dans le monde. Afin de révéler le dessein de ta grâce, tu as voulu que l’amour de l’homme et de la femme soit déjà un signe de l’Alliance que tu as conclue avec ton peuple, et tu veux que dans le sacrement de mariage l’union des époux exprime le mystère des noces du Christ et de l’Église. Nous te prions de bénir N. et N. et de les prendre sous ta protection, et de mettre en eux la puissance de ton Esprit Saint.
Fais que tout au long de leur vie commune sanctifiée par ce sacrement, ils échangent entre eux les dons de ton amour, et qu’en étant l’un pour l’autre un signe de ta présence, ils deviennent un seul cœur et un seul esprit. Accorde-leur de pouvoir assurer par leur travail la vie de leur foyer et d’élever leurs enfants selon l’Évangile pour qu’ils fassent partie de ta famille éternellement. Accorde à N. (l’épouse) la plénitude de ta bénédiction : qu’elle réponde à sa vocation d’épouse et de mère, qu’elle soit par sa pureté de cœur et sa tendresse la joie de sa maison. Accorde aussi ta Bénédiction à N. (l’époux)pour qu’il se dévoue à toutes ses tâches d’époux fidèle et de père attentif. (Et puisqu’ils vont maintenant partager le repas de ton eucharistie), Père saint, donne-leur à tous deux, la joie d’être un jour les convives au festin de ton Royaume. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen »