L'ÉDITO DU PÈRE CACAUD

semaine du 22 mars 2026

Prendre soin (25)

Pour des époux chrétiens, la première manière de prendre soin d’un de l’autre c’est de prier l’un pour l’autre et de prier ensemble. Cela commence avant même le mariage. L’une des manières de bien se préparer à recevoir ce sacrement c’est bien la prière. Je prie pour l’autre afin que Dieu me prépare à le, la recevoir et ensuite une fois le mariage célébré je prie pour l’autre afin de ne jamais oublier quel don j’ai reçu et d’adopter dans la vie quotidienne les attitudes qui conviennent à cette mission. Prier ensemble c’est se présenter devant Dieu en tant que couple et c’est bien cette prière commune qui va aider à conforter cette unité du couple : « L’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et tous deux ne feront plus qu’un » (Gn 2, 24). Cette unité est un des bien précieux du mariage orienté vers l’épanouissement du couple et aussi au bonheur et à la sécurité des enfants.

Prendre soin de son conjoint, c’est aussi savoir adopter et développer ces gestes, ces attitudes, ces paroles qui manifestent l’amour et le font grandir : la tendresse, l’attention, la délicatesse, le respect, la confiance, la disponibilité, le consentement…

Il faut aussi savoir prendre du temps gratuit l’un pour l’autre. Lorsque la vie familiale est engagée, il ne faut pas que les époux renoncent à leur vie de couple. Savoir se ménager de temps à autre un temps un peu long (une ou deux journées) pour se retrouver en comptant sur la famille ou sur les amis pour prendre les enfants en charge pendant ce temps (à charge de revanche !). Beaucoup de couples oublient cela et quand ils s’en aperçoivent il est souvent trop tard. Il arrive aussi quelque fois que certaines épouses deviennent plus mère qu’épouse ce qui engendre un malaise qui peut avoir des conséquences négatives et pour le couple et pour la famille.

Prendre soin de son couple, c’est aussi savoir ménager des rendez-vous réguliers pour que les questions évaluées un peu à la va vite soient davantage réfléchies, pour que les petites fautes du quotidien puissent être reconsidérées, pour faire le point sur les décisions prises… Les Equipes Notre-Dame appellent cela « le devoir de s’asseoir ». Une fois par mois, en tête à tête, on se replace sous le regard de Dieu et l’on aborde tous ces sujets y compris ceux qui ont pu fâcher ou blesser, on se demande pardon et l’on reprend la route.

Prendre soin de son couple c’est aussi ne pas oublier les petites attentions du quotidien qui sont les gestes de tendresse, les mots gentils, les petits cadeaux, les sourires, les regards bienveillants. Cela ne semble pas grand-chose mais revêt une certaine importance. On ne vit pas l’un à côté de l’autre, on vit l’un avec l’autre et au jour le jour les petits gestes trouvent leur place et leur sens. Le quotidien est un élément dont il faut prendre grand soin car il est le lieu ordinaire de la vie. Il peut donc être le lieu de l’épanouissement de l’engagement mais il peut aussi devenir le lieu de l’usure si l’on n’y prête pas attention. Mgr Lavallée (1870-1961) ancien Recteur de l’Université catholique de Lyon écrivait à propos du quotidien : «Eh oui ! Nos menues actions de tous les jours, les plus simples, les plus vulgaires sont le trésor de notre vie spirituelle. Une occupation en interrompt une autre, il faut s’y mettre à trois fois pour réciter sa prière, on n’est pas assis qu’il faut se lever, c’est ceci, c’est cela, et puis encore autre chose. Quand on arrive au bout de la journée et qu’on regarde toutes ces choses coupées, ces brindilles d’action et comme ce déchet de travail, on est tenté de se plaindre de la pauvreté de sa vie. Mais regardez donc d’un peu plus près, ne voyez-vous pas que c’est de l’or ? Toute action bonne augmente en nous la grâce. Pendant que nous marchons en allant à notre travail, pendant que nos mains s’agitent dans les multiples gestes des devoirs les plus humbles, dans une journée que nous avons consacrée à Dieu, la grâce entre en nous et chacun de ces mouvements lui ouvre les valves de notre âme. Cette sorte de respiration de l’âme est une source admirable de vie. Si l’on n’en parle pas, c’est, je pense, parce que c’est trop simple, parce que cela se confond avec notre vie ordinaire. Mais la théologie, elle, en parle : ‘Si quelqu’un dit, dit le Concile de Trente, que chez un homme qui est dans l’amitié de Dieu toute bonne action ne mérite pas réellement une augmentation de grâce, qu’il soit anathème. »

Michel Cacaud