L'ÉDITO DU PÈRE CACAUD

semaine du

Se soucier du salut de ses frères

« Écoute cette exhortation de l’Apôtre : Tout ce que vous faites : manger, boire ou n’importe quoi d’autre, faites-le pour la gloire de Dieu (1Co 10,31). Oui vraiment, tout ce que tu feras servira à la gloire de Dieu, si tu t’emploies, dès que tu auras quitté ce lieu, au salut de tes frères. Tu leur adresseras non seulement des reproches et des blâmes, mais aussi des conseils et des encouragements, pour les avertir du tort que leur causent les divertissements profanes, et tu leur montreras le profit et l’utilité qu’ils peuvent retirer de notre enseignement. Tu te ménageras ainsi un double salaire, en travaillant d’une part très efficacement à ton propre salut, et en cherchant d’autre part à guérir celui qui est avec toi membre du Corps du Christ. La fierté de l’Église, le commandement du Sauveur, c’est que tu ne penses pas uniquement à toi, mais aussi à ton prochain.

 

Considère à quel point celui qui se préoccupe du salut de son frère mérite d’être honoré. En faisant cela, il imite Dieu autant qu’il est au pouvoir de l’homme. Écoute donc ce que le Seigneur dit par son prophète : Si tu sépares ce qui est précieux de ce qui est méprisable, tu seras comme ma propre bouche (Jr 15,19), ce qui revient à dire : « Celui qui s’efforce de sauver son frère négligent et de l’arracher à la dent du diable, m’imite moi-même, autant qu’il est au pouvoir de l’homme. » Qu’est-ce qui pourrait bien égaler une pareille action ? C’est la plus grande de toutes les bonnes œuvres et le couronnement de toute vie vertueuse.

 

C’est aussi ce qu’il te convient vraiment de faire, puisque le Christ a versé son sang pour notre salut. Quand Paul parle des fauteurs de scandales, qui blessent la conscience de ceux qui les voient faire, il s’écrie : La connaissance que tu as va faire périr le faible, ce frère pour qui le Christ est mort (1Co 8,11). Ton Maître a donc versé son sang pour cet homme. Aussi bien, ceux qui, par leur mollesse, sont tombés dans les filets du diable, peuvent à juste titre attendre de chaque chrétien qu’il leur apporte au moins l’encouragement de sa parole et leur tende une main secourable.

 

Vous le ferez, j’en suis sûr, à cause de la grande affection que vous éprouvez pour ceux qui sont avec vous membres du Corps du Christ, et vous n’épargnerez aucun effort pour ramener vos frères à notre mère commune, car vous êtes capables, avec la grâce de Dieu, de donner aux autres des avertissements pleins de sagesse. »

 

Homélie de saint Jean Chrysostome (+ 407) SC 50, 224-225.

Michel Cacaud